Deux jeunes élus racontent leur entrée en politique

Par Matthieu Deprieck, publié le 26/03/2010 à 17:48 – mis à jour le 26/03/2010 à 18:07|

  • L'hémicycle du conseil régional d'Ile-de-France ce vendredi 26 mars.AFP/ PATRICK KOVARIK

L’hémicycle du conseil régional d’Ile-de-France ce vendredi 26 mars.

Ce vendredi, tous les conseils régionaux élisaient leur président. En Ile-de-France, Jean-Paul Huchon a repris son siège. Julien Bayou et David Mbanza d’Europe Ecologie racontent à LEXPRESS.fr ce jour de rentrée des classes.

Rien n’a visiblement changé au Conseil régional d’Ile-de-France. On retrouve le même hémicycle, Jean-Paul Huchon arrive en président, et André Santini raconte quelques blagues à ses amis.

Pourtant, si l’on y regarde de plus près, on voit poindre quelques jeunes têtes parmi les 209 conseillers régionaux élus le 21 mars dernier. Au coeur de cette nouvelle vague, Europe Ecologie. Le collectif, qui mêle élus politiques traditionnels et militants associatifs, n’a pas hésité à glisser dans ses listes quelques novices.

Pour eux, cette première séance du nouveau conseil régional marque souvent la découverte d’un nouveau monde. « On dirait une rentrée des classes », plaisante Julien Bayou, militant pour les collectifs Jeudi noir, Génération précaire et Sauvons les riches.

Julien Bayou, lors d'une action de l'association Jeudi Noir, le 19 décembre 2009. AFP/FRANCOIS GUILLOT

Julien Bayou, lors d’une action de l’association Jeudi Noir, le 19 décembre 2009.

Du haut de ses 30 ans, il se dit « impressionné » d’intégrer un lieu de pouvoir comme le Conseil régional: « Je suis venu avec ma mallette, ma trousse, mes stylos. J’ai même rempli une fiche signalétique, avec mon numéro de sécurité sociale ».

Pour David Mbanza, élu dans les Hauts-de-Seine, l’impression est la même: « ça me rappelle le collège quand on est nouveau. Ici, je ne connais pas les codes, je ne suis pas à l’aise. Alors j’observe beaucoup. Je suis un peu comme un sociologue. J’ouvre mes oreilles et mes yeux. Je vois des gens connus, des ministres. »

209 noms égrénés et une séance qui dure, qui dure

Il faut dire qu’aujourd’hui, tout le monde s’est déplacé. C’est la foule des grands jours dans l’hémicycle. Les élus les moins médiatiques se fraient un chemin entre les dizaines de photographes et caméras venus « shooter » les stars Pécresse, Huchon, Yade, Jouanno, Lefebvre,…

Pour cette séance inaugurale, tous les conseillers sont répartis par ordre alphabétique. Du coup, le nouvel élu Augustin Legrand se retrouve à deux sièges de Frédéric Lefebvre. Le hasard a visiblement mieux fait les choses pour Julien Dray et David Douillet, qui, bien que membres de partis radicalement opposés, discutent et plaisantent longuement.

A la tribune, l’écolo Robert Lion, en tant que doyen, préside la séance. A ses côtés, le plus jeune élu, l’UMP Benjamin Lancar, qui dit toute sa fierté et son émotion, « d’être secrétaire de séance à 24 ans ». Et ajoute: « Avec Robert Lion, nous sommes centenaire à nous deux ». Une indélicatesse qui fait bien rire l’assemblée.

La suite de la séance ne laisse pas de place à la bonne humeur. Chaque élu se voit appeler par le président pour aller voter. 209 noms égrenés, et à chaque fois l’élu doit se lever pour glisser son bulletin dans l’urne. Et même si Jean-Paul Huchon est le seul candidat en lice, il faut mettre un pied dans l’isoloir avant de voter. Question de procédure.

Au deuxième rang, Julien Bayou observe attentivement l’hémicycle, prend des photos et filme la tribune de presse pleine à craquer. « C’était parce qu’avec les autres élus, on se disait que très vite, il n’y aurait plus tant de monde. C’est comme à la fac », raconte-t-il.

Deux élus impatients

Alors, après cette séance interminable, nos deux jeunes élus sont-ils toujours aussi motivés pour faire changer les choses ? Les procédures du jour ne leur ont-elles pas cassé l’envie ? « Je n’ai pas peur des procédures, mais plutôt de ne pas convaincre les groupes politiques. Je crains aussi l’inertie. J’ai vu le fonctionnement du Conseil régional du côté associatif. Entre le vote d’une subvention que l’on nous attribuait et son versement, il pouvait se passer six, sept ou huit mois », raconte Julien Bayou.

L’hyper-militant n’en perd pas pour autant sa détermination à défendre les dossiers qui lui tiennent à coeur: « La campagne a été longue, mais elle est passée vite. Alors que depuis l’élection dimanche, c’est interminable. J’ai hâte de m’y mettre. J’aimerais bien avoir dès aujourd’hui un calendrier de travail. »

David Mbanza partage cet empressement à se mettre au travail. Pour ce professeur des écoles, venu à la politique après de longues hésitations et le score riquiqui des Verts à la présidentielle de 2007 (1,57%), il est primordial de siéger à chaque séance: « L’année prochaine, je passerai à mi-temps pour dégager du temps. J’aurais pu quitter mon emploi, mais c’est important pour moi d’accompagner mes élèves et de garder un pied dans le monde réel. »

Pendant quatre ans, ils avanceront ainsi, un pied en politique, l’autre « dans le monde réel ». En évitant le grand écart et les écueils d’un univers qu’ils ont découvert aujourd’hui.